dimanche 17 mai 2009

General Elektriks "Good City For Dreamers"

"Good City For Dreamers" est la parfaite bande son de l'été, le compagnon sonore idéal aux futures heures passées à buller au soleil. Délicieusement groovy, il est traversé par des mélodies aériennes et porté par de merveilleux claviers old school. C'est un album pétillant, ensoleillé, tranquille, qui recèle des trésors cachés à ses quatre coins et dégage une fraîcheur des plus agréables.

General Elektriks, c'est en fait le projet solo d'Hervé Salters, français exilé depuis plusieurs années à San Francisco, où DJ Shadow l'a pris sous son aile. Collectionneur compulsif de synthés vintage et de claviers en tous genres, Hervé Salters a notamment fait un bout de chemin avec l'excellent groupe hip-hop américain Blackalicious (participation à l'enregistrement de l'album "The Craft" en 2005, et à la tournée qui a suivi). Auparavant, il avait publié le sympathique premier album de General Elektriks ("Cliquety Cliqk", 2003), dont est tiré le tube "Tu M’intrigues" (plus connue pour être la bande-son d’une publicité pour une célèbre marque de voiture).

Six ans après, General Elektriks accouche d'un des disques les plus enthousiasmants de l'année : "Good City For Dreamers" est une invitation au rêve, et un titre d'album aura rarement aussi bien porté son nom. C'est que sa musique est très cinématographique : elle passe en revue une multitude de paysages musicaux qui stimulent l'imagination de l'auditeur. Elle est puissamment évocatrice, ce qui explique que décrire l'étendue de l'univers de General Elektriks, la diversité des sons et des ambiances qui le traversent ne se révèle pas chose aisée.

L'écoute de l'album est un vrai voyage, une aventure, une découverte permanente. On va de surprise en surprise, plus excitantes les unes que les autres. L'univers musical est foisonnant, créant des climats et atmosphères différents d'une chanson à l'autre. Hervé Salters met en scène ses chansons comme un réalisateur de cinéma, et c'est sans doute pourquoi on croit souvent écouter la bande son d’un film. C'est aussi une des raisons pour lesquelles on pense souvent à Wax Taylor ici, autre français adepte des collages en tous genres et des mélanges de styles réussis. Sauf que dans le cas de General Elektriks, c'est Hervé Salters en personne qui se charge des voix, et l'ambiance est davantage portée vers la funk et la soul que vers le hip-hop. Mais de son expérience américaine du hip-hop, Hervé Salters a gardé un sens du groove incroyable.

Ainsi, "Good City For Dreamers" ressemble à un shaker géant où le français brasse un tas d'influences avec une réussite insolente. Fourmillant d'idées, de rythmes et de sonorités étranges, le résultat est épatant et révèle un talent pour le bricolage musical unique en son genre. On sent chez lui un vrai amour du son se traduisant par un sens de la mélodie et de l'orchestration rare. On l'imagine aisément passer des heures et des heures en studio à trifouiller sa vingtaine de claviers (dont celui utilisé par Stevie Wonder sur "Superstition") pour trouver LE son qu'il a en tête pour une de ses chansons. Orgues soyeux, nappes de cordes classieuses, claviers perchés dans les nimbes, riffs de synthés grinçants : c'est une véritable orgie de sons en tous genres que propose "Good City For Dreamers".

L'album débute par trois titres d'ouverture, tous excellents : "Take Back The Instant", et son clavier à la Stevie Wonder, emballe dès la première écoute. On est plongés d'entrée dans un incroyable tourbillon funk où claviers crasseux, basse montée sur ressorts, voix cadencée et batterie chaloupée se rendent coup pour coup. "Raid The Radio" tient sur une ligne mélodique obsédante : ce sifflement aérien qu'on ne peut s'empêcher de reproduire à l'envi, quelque soit l'endroit ou le moment. C'est un titre incroyablement addictif, qui ne vous quitte plus sitôt que vous l'avez écouté, et une véritable invitation au sifflotement. Sur "You Don't Listen", le tempo ralentit et se fait lancinant. La basse ronde, les claviers en retrait et sobres, la voix décontractée peignent un paysage douillet que la guitare vient régulièrement secouer de ses solos saturés. Mais le groove, bien que minimaliste, est plus que jamais là, et l'on prend toujours autant de plaisir.

"Helicopter", qui vient immédiatement après, nous convainc moins. Interprétée avec un son agressif et un tempo échevelé, elle durcit le ton et s'ancre clairement dans un esprit rock. Elle dégage énormément d'énergie, mais ne tient pas la comparaison avec les titres précédents. Au contraire de "Cotons Of Inertia", dont l'introduction semble tout droit sortie de la B.O. de Virgin Suicides (composée par Air). Portée par une superbe mélodie au piano, accompagnée d'un violoncelle et survolée par la voix sensuelle d'Hervé Salters, elle fait une nouvelle fois la preuve du talent du monsieur pour concocter des perles avec trois fois rien. Posant une atmosphère étrange et lancinante, cette chanson dégage une puissance érotique certaine.

Vient ensuite "Little Lady", LE tube de l'album, découvert une fois de plus sur Radio Nova – qu'on ne remerciera jamais assez de nous sauver du marasme radiophonique ambiant. C'est tout simplement superbe : servi par des arrangements judicieux, sans superflu, c'est un petit chef d'oeuvre qui, comme "Raid The Radio", vous hante longtemps après son écoute. Il a l'évidence des plus grands tubes et une mélodie accrocheuse comme pas deux. Sautillante, mélodieuse, rythmée, sexy, c'est une chanson qui rend heureux et qui dégage un agréable parfum d'été, de soleil, et d'innocence.

La deuxième partie de l'album est un ton en-dessous, mais contient tout de même quelques passages magnifiques. "Engine Kickin'in", chanson sympathique, à l'ambiance lascive, commence comme la B.O. d'un James Bond et se poursuit comme du Jamiroquai. On change complètement d'univers avec "David Lynch Moments", qui va chercher du côté des dancefloor, où elle ferait sans aucun doute un ravage. On n'est jamais très loin de Hot Chip ou des Scissor Sisters ici, preuve qu'il est encore possible de réaliser une chanson dansante sans qu'elle soit immédiatement racoleuse. Si le couplet de "Gathering All The Lost Loves" demeure assez quelconque, c'est une chanson portée par une très belle partie de clavier et un très beau refrain. Sur "Mirabelle Pockets", le ton se veut résolument joyeux. On est ici dans le pastiche avec ce mélange entre piano de cabaret et guitares saturées. C'est à vrai dire un titre un peu débile et assez court, où Hervé Salters chante par onomatopées, le tout pour un résultat qui balance bien et fait mieux que tenir la route.

Le final de "Good City For Dreamers" met un peu plus encore le pied dans l'étrange, à commencer par "La Nuit Des Ephémères", instrumental de quatre minutes où Hervé Salters semble s'amuser comme un fou, à la recherche de sonorités toujours plus étonnantes. Au final, on est à mi-chemin entre un K2000 sous morphine et les bande-sons des films d'Hitchcock. C'est intéressant mais un peu trop redondant pour être réellement passionnant. Heureusement, un clavier bizarroïde vient casser cette dynamique un poil répétitive et redonner de l'élan sur la fin. Avec "Bloodshot Eyes", General Elektriks laisse entrer des sonorités jazz dans sa musique. Touches de clavier étranges, paroles sussurées, curieuse mélodie : bien qu'étonnante, la recette fonctionne, et le résultat est très convainquant. "Rebel Sun" clôt l'album par un titre aux accents latino, et va chercher ses influences du côté de la musique cubaine, le tout servi avec la touche General Elektriks. La chanson prend de l'ampleur dans la deuxième partie : la rythmique s'emballe, les arrangements deviennent plus fournis, et la voix se fait plus incisive. C'est une parfaite chanson de fin d'album, paisible et agréable.

Voilà... "Terminus, tout le monde descend" : le voyage au pays des rêves est terminé. Mais on n'a qu'une envie, c'est d'y replonger. C'est que cette musique sans frontières et à géométrie variable a quelque chose de jouissive. Habitée par un funk élastique, traversant différents âges et paysages musicaux, elle nous fait pénétrer dans un monde foisonnant tantôt cotonneux, tantôt épineux, parfois presque érotique (on retrouve un peu partout des mélodies lentes et suaves), et toujours passionnant. On en redemande, et on se mord les doigts d'avoir raté le passage de General Elektriks à la Maroquinerie en Avril tant ses performances live ont la réputation d'être incandescentes. Mais ce n'est que partie remise.

Lire aussi la critique de l'album sur Froggy's Delight.

samedi 16 mai 2009

Revolver « Music For A While »

Revolver, on les a découverts voilà presque un an en première partie de Patrick Watson, et ce fut un coup de cœur instantané. Leur musique intemporelle, leurs splendides harmonies vocales, le magnifique dépouillement guitares / violoncelle / voix nous ont plu instantanément. Avec trois fois rien, ils réussissent à tenir en haleine leur auditoire. Il faut dire que leurs magnifiques pop-song font plus que tenir la route.

Revolver, c’est trois garçons : Ambroise Willaume (chant et guitare), Christophe Musset (guitare et voix) et Jérémie Arcache (violoncelle et voix). C’est aussi une foule d’influences musicales qui traversent leur musique : on pense en vrac aux Beatles (le nom de leur groupe n’est pas innocent), à America, à Crosby, Stills & Nash, aux Beach Boys, aux Kinks, et plus récemment, aux Fleet Foxes. Ce contraste entre leur jeune âge et cette musique qui s’ancre dans le passé (notamment les années 60) est d’ailleurs surprenant et ajoute une touche de fraîcheur à leur univers.

L’album est une vraie réussite, avec un côté anglo-saxon totalement assumé, ce qui n’est pas forcément le cas de la plupart des groupes français. On l’écoute avec d’autant plus de plaisir qu’il est traversé par des mélodies entêtantes qui ne vous lâchent plus dès la première écoute. Ses seuls défauts : tout d’abord, un côté parfois trop sage, trop maîtrisé. Le disque sonne trop parfait (c’est un comble !) et manque de folie. Ensuite, bien qu’elles produisent des harmonies vocales vraiment superbes, on peut également regretter que leurs très belles voix manquent un peu de caractère.

On sent chez les français une volonté de trouver à chaque instant la formule parfaite, et on les imagine assez aisément perfectionnistes. Pour preuve les arrangements de l’album, qui procèdent par petites touches, jusqu’à trouver l’équilibre idéal entre les instruments et les voix. On sent clairement une volonté chez eux de ne pas trop charger leur monde sonore afin de placer les voix en avant, ces dernières étant sans conteste la pierre angulaire de leur musique. La formation classique de deux des membres du groupe n’y est sans doute pas pour rien (Ambroise et Jérémie ont fréquenté la Maîtrise de Notre-Dame de Paris depuis tout petit). Cette originalité se ressent dans leur musique : si ce sont bien des pop-song qu’ils écrivent, ils ont un pied chez les Beatles, et un autre chez Bach. Leur choix naturel de chanter en anglais va d'ailleurs dans ce sens, la langue étant plus propice aux harmonies que le français.

« Music For A While » est donc un album plutôt homogène, avec très peu de déchet, mais certaines chansons sortent tout de même du lot : « Balulalow » et « You Drove Me Home », très Kinksiennes, « Luke, Mike & John » où l’on pense à Cocoon, « Leave Me Alone »,… Ainsi, Revolver accouche d‘un premier album élégant, doté d’une maturité étonnante et extrêmement prometteur pour la suite. S’ils arrivent à évoluer et à gommer les quelques défauts qui émaillent ce disque, ils peuvent aller loin. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Lire également la critique de l'album sur Froggy's Delight.

vendredi 15 mai 2009

Rock En Seine (Conférence de Presse 13 Mai 2009)

En ce mercredi 13 mai, alors que le soleil daigne enfin pointer son nez et nous offrir un avant-goût plutôt agréable de la chaleur qui nous attend dans quelques semaines, l’équipe de Rock en Seine accueille la presse web dans ses tous nouveaux locaux, non loin d’Oberkampf. L’occasion de faire le point sur le festival 2009, d’annoncer les nouveaux artistes rejoignant l’affiche, de détailler tous les à-côtés du festival mis en place cette année, et de répondre à quelques questions.

C’est François Missonnier en personne (ndlr : le directeur et fondateur du festival) qui nous reçoit dans son bureau. Clairement passionné et excité par ce qu’il fait, fan inconditionnel de rock, de BD et de photos, il apparaît souriant et détendu, confiant quant à l’édition 2009, et heureux d’en parler sous toutes ses coutures (au final, nous resterons une bonne heure à discuter avec lui). Voici le compte rendu de notre voyage au pays de Rock en Seine :

PROGRAMMATION :

Après les premières têtes d’affiches annoncées le 8 avril dernier en même temps que les dates du festival (28-29-30 Août 2009), de nouveaux artistes sont venus garnir l’affiche de cette 7ème édition : Macy Gray, Yeah Yeah Yeahs, Bill Callahan, Yann Tiersen, Calvin Harris, The Noisettes, Klaxons,…


« Là, on a 90% de la programmation qui est dors et déjà connue. On se garde un ou deux « spots » bien au chaud pour accueillir d’éventuels projets de dernière minute, on fait ça depuis le début et ça nous a toujours plutôt réussi (…). 45 groupes au total : à chacun de piocher dans ce qui lui paraît le plus intéressant. Moi je suis hyper content de la programmation de cette année, je la trouve homogène, et en même temps bien diversifiée. Il y en a pour pas mal d’oreilles : ça va de groupes cultes aux jeunes pousses bien excitantes – qu’elles soient françaises ou anglaises – (Esser, Kitty Daisy And Lewis, Ebony Bones,...), en passant par les Avant-Seine.

Les styles des artistes programmés sont assez variés, ça va de groupes posés avec des mélodies assez douces à du rock plus énervé : comment en tenez-vous compte dans la programmation ?

« On fait toujours attention aux équilibres, pour qu’il y en ait un peu pour tous les goûts, et de manière à ce que plein de publics différents puissent retrouver des artistes qu’ils aiment. Mais les gens ne sont pas enfermés dans des boîtes : la grande majorité du public est capable de prendre son pied sur Faith No More mais également d’apprécier un show de Vampire Weekend qui va être dans un autre esprit (…). Au sein d’une même journée, on fait en sorte de ne pas programmer en même temps des artistes qui sont dans les mêmes esthétiques musicales : on ne fait pas jouer Cheveu en même temps que les Eagles Of Death Metal. On essaie que les gens qui viennent pour un genre musical particulier puissent voir à peu près tous les groupes qui leur font envie. Malheureusement, parfois ça coince, ce n’est pas toujours possible. »

Cette année, la programmation contient des artistes qui, bien qu’ils aient une actualité, sont plutôt des groupes des années 90 (Oasis, The Offspring, The Prodigy, Faith No More), voire des années 80 (Madness). Est-ce un choix d’avoir des artistes plus anciens, qui appellent un autre type de public que MGMT ou Klaxons par exemple ?

« C’est un choix de faire les deux. Ne faire que ça, c’est trop regarder dans le rétroviseur, et faire juste les artistes de l’année, c’est aussi se priver de la possibilité d’avoir des groupes devenus cultes. Pour moi, le rock, c’est bien sûr les projets les plus excitants de l’année qui ne quittent plus la platine pendant des semaines, mais c’est aussi les légendes. »

Ça permet de toucher deux générations différentes ?

« Oui, c’est toucher les générations différentes, mais c’est aussi les repères : Oasis a lancé un truc dans les années 90 qui est toujours là et puis c’est un immense groupe de scène. Le premier critère commun des groupes programmés, c’est la puissance scénique, il faut que ce soit avant tout des bons concerts. Et puis ce sont des groupes avec de l’actualité, y compris Madness, qui est le plus culte puisque datant des années 80 et qui a un album qui sort fin mai. Là c’est une légende du ska, du rock au sens large qui jouera, et je trouve que c’est un beau clin d’œil, je suis hyper excité de les voir, comme plein de gens qui ne les ont jamais vus. Oasis, ils sont dans l’actualité, ils n’en sont jamais trop sortis. Mais avec Faith No More, on est plus dans l’événement avec cette reformation à laquelle on ne croyait pas, et on est vraiment dans le culte. Je suis le premier impatient de voir ça ! »

Vendredi 28 : Oasis, Bloc Party, Vampire Weekend, Yeah Yeah Yeahs, James Hunter, Just Jack, Bill Callahan, Madness, Amy McDonald, Vitalic, Keane, Asher Roth, The Tatianas, Gush,…



Samedi 29 : The Offspring, Faith No More, Birdy Nam Nam, The Horrors, Calvin Harris, Yann Tiersen, The Noisettes, School Of Seven Bells, Ebony Bones, Esser, Kitty Daisy And Lewis, Cheveu, Jill Is Lucky,…




Dimanche 30 : MGMT, Eagles Of Death Metal, Macy Gray, Klaxons, The Prodigy, Sliimy, Metric, Robin McKelle, Sammy Decoster, Patrick Wolf, Baaba Maal, Hypnotic Brass Ensemble, Lilly Wood And The Prick, Hindi Zahra,…


AVANT SEINE :

Les 6 groupes sélectionnés cette année :

Hindi Zahra

Jil Is Lucky

Gush

Lilly Wood And The Prick

Cheveu

The Tatianas

« C’est une opération qu’on a montée avec la Région Île de France, qui est le premier partenaire du festival depuis l’origine. L’objectif des Avant Seine est de poser sur les scènes du festival, intégrés à la programmation officielle, 6 artistes de la mouvance pop-rock (c’est-à-dire qui respectent la programmation et les esthétiques musicales de Rock en Seine), qui sont franciliens, et qui jouent dans la cadre de Rock en Seine avec un dispositif de communication et de promotion qui est complètement adapté à eux (…). Ils vont jouer devant 5000 personnes (…). On a tout un dispositif qui veille à accentuer l’effet de promotion des groupes, notamment ce que l’on fait en partenariat avec Télérama, où les artistes figureront sur une compilation des Avant Seine qui sera distribuée à 80 000 exemplaires avec le Télérama de la fin du mois d’Août. Ils seront donc déjà disques d’or... »

« Cette fournée 2009 des Avant Seine me plait bien car, au même titre que l’on essaie de faire en sorte que le festival soit varié dans ses propositions artistiques, cette sélection est extrêmement diversifiée : ça va de la pop toute fragile et touchante de Lilly Wood And The Prick, au rock beaucoup plus hardcore de Cheveu, en passant par la voix old soul d’Hindi Zahra, et la pop des Gush, ça part dans plein de directions, et les projets sont chouettes. »

Comment ces six groupes ont-ils été sélectionnés ?

« Par un jury dans lequel on retrouev Fred Peguillan, rédacteur en chef du « Sortir » de Télérama, Edgard Garcia, directeur du Zebrock, Pascal Stirm, directeur de la salle de concert EMB à Sannois (qui fait partie du RIF), et Matthieu Tessier, éditeur chez Warner Chappell (…). C’est vraiment avant tout les goûts de chacun qui parlent, et on s’y retrouve plutôt bien en général ».

AMY WINEHOUSE & COMPEN-SATION :

« Concernant les suites de l’incident de l’an dernier (l’annulation d’Amy Winehouse), je ne peux pas franchement m’exprimer sur le sujet car nous sommes encore en train de discuter avec l’artiste et ses représentants sur le terrain juridique. Par rapport à ça, j’ai donc une obligation de réserve (…). Mais je peux rappeler que suite à l’annulation de dernière minute d’Amy Winehouse, le festival a mis en place l’an dernier un système de compensation qu’on a communiqué 2-3 jours après l’événement et qui visait à proposer aux 25 000 festivaliers qui étaient présents ce jour-là un avoir de 18€ à valoir sur l’achat de sa place pour Rock en Seine 2009. Initialement, les inscriptions pour les compensations était limitées au 31 Octobre 2008, puis on l’a prolongé au 31 Décembre et enfin, pour aller vraiment dans le sens des gens qui désiraient revenir au festival, on l’a de nouveau repoussé jusqu’à début mai, c’est-à-dire un mois après le dévoilement des têtes d’affiche du festival. Maintenant, les gens qui se sont inscrits ont jusqu’au 30 juin pour faire valoir leur réduction. Je rappelle également que la compensation n’est pas nominative. »

Au niveau du budget, cela n’a-t-il pas été assez compliqué de mettre en place ce système de compensation ?

« Cela nécessite administrativement une organisation, et sur le plan financier, c’est effectivement un petit peu tordu. Ça a été très compliqué de le mettre en place très rapidement en septembre dernier, mais on se devait de le faire, et après on a suivi le processus jusqu’au bout. »

Le fait de reporter la date de l’inscription pour pouvoir bénéficier de l’avoir de 18€, est-ce dû au peu de demandes enregistrées ?

« Non, vraiment pas, il y a plusieurs milliers de personnes qui y ont souscrit. Après, le dispositif étant assez original – car inhabituel –, il y a des gens qui ont laissé passer la date limite, et qu’on a pas voulu pour autant laisser de côté. Puis, lorsque l’on a dévoilé la programmation de l’édition 2009, il y a aussi des gens qui se sont dit que, finalement, ils étaient intéressés. Et ceux-là non plus, nous n’avons pas voulu leur dire non. »

Les 25 000 présents n’étaient pas tous venus voir Amy Winehouse…

« Non, c’est vrai. Sur les 25 000, il y avait déjà pas loin de 10 000 forfaits 3 jours. »

DATES DU FESTIVAL :

« Nous avons un calendrier assez atypique en France avec ce positionnement tout à la fin de l’été (…). Cette année, nous avons changé notre fusil d’épaule sur certains points du mode de fonctionnement du festival, et notamment la programmation. Précédemment, on était très souples sur le fait de fixer les dates du festival, et on allait là où les artistes qui nous intéressaient étaient disponibles. C’est pour ça par exemple qu’il nous arrivait de programmer le festival un jeudi, comme l’an dernier pour R.E.M., ou auparavant pour les Pixies (…). Mais on s’est rendus compte l’an dernier que ça compliquait pas mal la vie des festivaliers, et notamment pour les spectateurs de province. (…) C’est étonnant, mais c’est vrai depuis le début du festival : un spectateur sur trois vient de province. On a également une part d’étrangers qui est de plus en plus importante (des gens venant d’Angleterre, d’Espagne, voire d’Australie), elle était notamment de 10% sur l’édition précédente (…). On a donc décidé cette année de faire les choses un peu dans l’autre sens, c’est-à-dire de fixer à l’avance les dates du festival au dernier Week-End du mois d’Août. On s’est concentré d’abord sur le samedi et dimanche, puis on a eu la possibilité de faire une troisième journée le vendredi. Sur ce plan, nous restons sur notre ligne, à savoir que pour nous, 3 jours est notre formule de festival idéale (…), mais l’idée est de proposer trois jours uniquement si on a suffisamment de matière artistique et de propositions de groupes pour les occuper de manière intéressante. Et c’est ce qu’on a pu faire cette année. »

AUTOUR DU ROCK :

« On a initié ce concept en 2004, car pour nous un festival, ça va au-delà d’une addition de concerts. C’est aussi partager une expérience, et il était pour moi intéressant de proposer d’autres activités, d’autres animations, et puis d’autres regards artistiques sur le rock. C’est comme ça qu’est né Autour du Rock, dont le principe est de montrer, dans le cadre d’installations, de projections, etc… à l’intérieur de Rock en Seine toutes les passerelles que le rock a pu entretenir depuis l’origine avec d’autres disciplines artistiques que la musique. »

Rockfolio : « Le principe est de mettre à l’honneur le talent d’un photographe qui travaille sur la matière rock (…). On a commencé avec Claude Gassian en 2004, ce qui était un rêve absolu pour moi. Puis Claude, du jour où il a accepté, a vraiment lancé ce projet qui, depuis, ne s’est jamais arrêté (…). On a eu Philippe Levy, Jean-Baptiste Mondino, Craig Robinson et Youri Lenquette l’an dernier. Cette année, c’est Robin qui est le photographe invité de Rockfolio, autour d’un projet original intitulé « Lift’In ». Robin est le photographe officiel de « l’Album de la Semaine », émission de Canal + dans le cadre de laquelle il a initié depuis trois ans un rite avec les artistes invités : il les photographie pendant une minute dans un monte-charge (…). L’exposition installée à Rock en Seine présentera 60 tirages d’artistes allant de Björk à Kasabian, en passant par Iggy Pop. »

Rock’Art (nouveauté) : « C’est un nouveau projet, un peu fou, dont le principe est de mettre à l’honneur l’illustration. Au Canada et aux Etats-Unis notamment, bien souvent les artistes font appel à des illustrateurs pour faire leurs affiches de concert, ce qui arrive très rarement en France. Ce sont des œuvres d’art uniques où le graphiste met sa créativité au diapason du projet du musicien. Ça donne des choses magnifiques, et je trouve que ça serait bien que ça se développe un peu en France. Donc on va faire cette opération amusante et – j’espère – jolie pour mettre en avant le travail des illustrateurs. Le principe est le suivant : on a proposé à 45 dessinateurs – connus et pas connus, du monde la BD et du monde de l’illustration,… – de créer une affiche originale pour chacun des artistes présents à Rock en Seine (…). Ces 45 affiches seront exposées dans l’enceinte du festival. Parmi les dessinateurs qui ont déjà accepté de participer à ce projet, il ya Luz, Bastien Vives, Riad Sattouf, Lewis Trondheim, Julien Solé,…Il en manque encore quelques uns. »

Les illustrateurs ont déjà commencé à travailler ?

« Non, là on est justement en train de discuter pour savoir qui dessine quel artiste. Mais on ne va obliger personne, car ça ne peut marcher que si le dessinateur est inspiré par l’artiste. »

Mini Rock en Seine (pour les enfants) : « On reconduit une autre de nos opérations emblématiques : Mini Rock en Seine, qu’on a lancé l’an dernier grâce à l’aide du Conseil Général des Hauts-de-Seine (…). D’une part, l’accès au festival est gratuit pour les enfants de moins de 10 ans, d’autre part, le projet Mini-Rock vise à ce que les enfants, plutôt que de seulement accompagner leurs parents, vivent eux aussi leur première expérience de festival. Mini-Rock est donc un festival dans le festival, dimensionné pour accueillir une centaine d’enfants par jour. C’est notre partenaire Cafézoïde (café culturel pour les enfants dans le 19ème à Paris) qui va se charger de l’encadrement. Mini-Rock, c’est un village fermé, loin des scènes, avec plein d’activités autour du rock : un musée du rock, des ateliers de déguisement, d’autres pour pratiquer les instruments, les mix, il y aura un bal rock et, évidemment, des spectacles avec des groupes spécialistes jeune public mais avec des esthétiques rock & roll. L’entrée à mini-rock est également gratuite, mais étant donné le nombre de places limitées, il est conseillé de s’inscrire. »

Rock en Bulles : « Ce sont des dessinateurs qui croquent les concerts pendant le festival, font des dessins de scène de la même façon qu’il y a des photos de scène. Ce sera encore une fois reconduit cette année.»

Les dessins sont diffusés sur les écrans géants de la Grande Scène entre les concerts, et sur le site de rock en seine après le festival.

Ces dessins sont souvent très drôles, très bien faits, et très intéressants, mais étant diffusés uniquement sur les deux grandes scènes entre deux concerts, ce n’est pas toujours possible de les voir. Avez-vous pensé à un dispositif à mettre en place pour qu’ils soient visibles à d’autres endroits et à d’autres moments ?

« C’est vrai que c’est frustrant, parce qu’en plus ça passe très vite sur les écrans géants. On réfléchit à les poser sur un stand, il pourrait y avoir des expositions d’originaux, des rencontres avec les dessinateurs,… Mais on les met aussi sur notre site après le festival, pour pouvoir revivre le festival en dessin.»

Rock’Chroniques : Après cinq années, le projet Rock en Strophes laisse sa place à Rock’Chroniques. Organisé en partenariat avec la ville de Saint-Cloud, les Rock’Chroniques consistent en un carnet de voyage (constitué de comptes rendus, croquis, photos, collages,…) où les chroniqueurs devront montrer le festival sous un angle inédit.

Rock en Clips : cette opération invite à se pencher sur les dix meilleurs clips de l’année sélectionnés par l’équipe de rock en seine et les internautes, et diffusés sur les écrans du festival.

CAMPING : « il est mis en place depuis 4 ans, n’est accessible que sur inscription et est réservé aux titulaires des pass 3 jours. Il reste encore un peu de place, mais il est souvent complet à la fin. Comme on a de plus en plus d’amis européens qui viennent vivre Rock en Seine, le camping se remplit de plus en plus rapidement et est complètement cosmopolite. »



DOMAINE NATIONAL DE SAINT-CLOUD :

Vous n’avez pas eu trop de problèmes, au début, et même maintenant, pour obtenir les autorisations d’organiser votre festival au Domaine National de Saint-Cloud ? C’est un lieu vraiment superbe, chargé d’histoire, et on peut aisément imaginer que l’idée que 30 000 festivaliers viennent en fouler la pelouse chaque année a pu faire grincer des dents…

« Non, ça se passe très bien même si à l’origine ça a pris beaucoup de temps, il a fallu beaucoup de discussions, de négociations avec l’administration du Domaine avant d’avoir le feu vert. Mais ça s’est fait dans le bon sens et toujours avec bon esprit, et je tire d’ailleurs mon chapeau à Gilles Bonnevialle qui est l’administrateur du Domaine qui, dès le début, trouvait que c’était bien de faire vire ce patrimoine exceptionnel (le Domaine National de Saint-Cloud est le premier site à avoir été classé monument historique par le patrimoine végétal). L’idée de Gilles était qu’il est de notre devoir de faire découvrir ce patrimoine aux jeunes générations. »

« C’est un site qui possédait toutes les caractéristiques que je recherchais : une capacité d’accueil de 30 000 personnes, accessible facilement par les transports en commun, et je voulais que ce soit un lieu vierge de toute histoire musicale. Mais une fois que nous avons obtenu l’autorisation, ça nous a posé deux types de contraintes : c’est un site de festival situé en plein milieu urbain, et deuxièmement, on a dû trouver comment créer une ville de 30 000 personnes avec ses scènes, ses bars, et toute sa logistique dans un monument historique dont les pelouses ont été dessinées par Le Nôtre. Ça nous a obligé à porter dix fois plus de soins à la construction du festival (…). Par exemple, l’an dernier on nous a informé qu’à la gauche de la grande scène, il y avait un carré de fleurs naissantes d’une espèce rarissime qu’on a dû protéger des 30 000 personnes qui dansaient sur les Raconteurs à 20 mètres de là (…). On fait en sorte à chaque fois de respecter le lieu, et c’est pour cette raison qu’ils continuent à bien vouloir de nous. »

Est-ce que le placement des scènes bouge d’une année sur l’autre ?

« Non. On trouve que ça fonctionne plutôt bien comme ça, elles sont complémentaires : on peut les faire jouer en même temps sans qu’il y ait des distances de marche trop importantes. La grande seine peut abriter 30 000 personnes, la moyenne 20 000 et la petite 8000. La programmation se fait en fonction de ces capacités d’accueil. La grande joue en même temps que la petite, et la moyenne (la scène de la cascade) joue seule (…).Mais on est un peu contraint par la géographie du lieu, et il n’y a pas mille scénarios possible d’implantation du festival. Mais on réfléchit, j’ai dans le projet d’installer une quatrième scène à terme, même si ça pose le problème de l’emplacement, et de l’articulation avec les autres scènes. Un festival, c’est un tout, ce n’est pas des éléments posés là où il y a de la place, il faut qu’ils fonctionnent les uns avec les autres. »

Contrairement à d’autres festivals, le son des concerts à Rock en Seine est plutôt bon…

« C’est vrai qu’on y porte pas mal d’attention, mais c’est compliqué, ça coûte des sous et ça demande beaucoup de réflexion. On fait aussi un gros travail sur la lumière. »

L'AFFICHE :

Est-ce que vous pourriez nous décrire cette affiche de l’édition 2009, ce qu’elle symbolise ?

« Toutes les affiches de Rock en Seine depuis 2004 ont été faites par des illustrateurs. A chaque fois ce sont des personnages, mais dans des courants d’illustration différents. Le sale môme de l’an dernier venait des comics des années 50, en 2006 c’était plus pop. Là cette année, avec ce personnage de ninja musicienne, on est plus dans un croisement entre les aplats de Marjane Satrapi et l’univers des mangas. Je trouve ce projet drôle, évocateur, c’est visuellement très réussi, bref, ça claque ! »

Cette affiche symbolise l’ambiance du festival, la programmation de cette année ?

« Non, parce que – et on le verra avec notre projet Rock’Art – je pense qu’il est impossible d’illustrer avec un visuel toute la diversité des 45 groupes qui jouent. »

Est-ce vous qui choisissez les illustrateurs ?

« Oui, c’est moi qui leur envoie des mails. C’est une des parties les plus sympas du boulot. Je connais beaucoup de noms d’illustrateurs et de dessinateurs car je suis fan de BD, j’en lis plein et je suis très intéressé par tout ce qui est illustration. Quand je tombe sur un portfolio d’artiste qui me plaît sur internet, je leur laisse un message, et ils sont en général tout de suite partants (...). Le patron du festival de BD d’Angoulême trouve notre initiative Rock’Art intéressante, et il va nous aider en la relayant auprès de dessinateurs que lui connaît. »

Pensez-vous reconduire ce projet Rock’Art les prochaines années ?

« J’espère ! On verra déjà si ça marche cette année, si les illustrateurs sont contents, si le public trouve que c’est chouette,… »

STAND ÎLE-DE-FRANCE :

« Ce stand est co-pensé par le festival, la région Île-de-France, et par le RIF (fédération des Réseaux de musiques actuelles en Île-de-France). Il a pour objectif de présenter aux spectateurs tout ce qui se passe dans tous les départements d’Île-de-France en matière de musique, de promouvoir les salles de la région et leur programmation. C’est également à ce stand que l’on peu rencontrer les Avant-Seine. »


Interview réalisée pour Froggy's Delight.

mardi 12 mai 2009

Elie "Paperboy" Reed & The True Loves (11 Mai, Trabendo)



Sacré personnage que ce Eli "Paperboy" Reed (prononcer "Ilaye")... Du genre à vivre dans les années 50. D'ailleurs, n'allez pas lui raconter que nous sommes en 2009 : on ne la lui fait pas, à lui. Et puis il risquerait de mal le prendre ! Non, on est en 1959, et c'est pour ça qu'il se coiffe comme Elvis, s'habille comme Johnny Cash, se prend pour Chuck Berry et imite le chant de James Brown (il a d'ailleurs adoré ses derniers singles, "Please Please Please", et "Try Me". Il ira loin le James...).

Vous l'aurez compris, ce soir c'est soirée rétro au Trabendo ! En ouverture sont programmés The Right Ons, groupe espagnol très rock&roll (musique et attitude), avec un pied bien ancré dans le passé. Ça sent à plein nez le groupe de potes qui a passé des heures et des heures à répéter dans son garage, et qui en ressort gonflé à bloc pour tout donner sur scène. Ça transpire la sueur de partout (à tel point qu'ils en partagent une partie avec les spectateurs situés juste devant la scène), ils se démènent comme des diables, sont heureux d'être là ("à Pariiiiis", avec l'accent espagnol de rigueur) même si c'est pour jouer devant trois pelés comme c'est le cas au début de leur concert ce soir. Leurs chansons sont ultra efficaces à défaut d'être originales, le groupe super carré, extrêmement rôdé, et capable de jams assez impressionnants. Ceci dit, tout fut loin d'être parfait, quelques accrocs étant à déplorer : notamment le son, beaucoup trop fort (mais ce sera le gros point noir de la soirée), leurs poses parfois énervantes, et leur propension à boire ostensiblement et à plein goulot (on ne parle pas d'eau là, hein...). Mais c'était globalement un très bon set, à la fin duquel Eli et quelques membres des True Loves vinrent prendre la température et applaudir la prestation du combo ibérique.

Une petite demi-heure plus tard, alors que la salle s'est progressivement garnie, The True Loves investissent la scène, avec leurs dégaines plus improbables les uns que les autres. A gauche, un trio de cuivre vissé derrière leurs lunettes noires (saxo baryton, saxo alto et trompette), à droite un bassiste, un guitariste portant un casque emprunté à un employé de piste d'atterrissage d'aéroport et des lunettes de soleil sur le front. Au niveau vestimentaire, c'est tout et n'importe quoi, ça va du pantalon à pince au baggy en passant par le batteur black à dreadlocks et pantalon vert... Ils entament le show comme il se doit par un instrumental qui annonce clairement la couleur (ça va swinguer ce soir !), avant que le saxo endosse le costume de chauffeur de salle en invectivant le public avant d'annoncer l'arrivée de leur leader, le dénommé Eli "Paperboy" Reed.

Si les membres de son groupe ne figureront sûrement pas au panthéon des musiciens les plus fashion de l'histoire du rock, que dire de leur chanteur ? Celui-ci débarque avec un look tout droit sortie d'un film des années 50, portant un costume gris comme on n'en fait plus, avec un pantalon trop petit lui arrivant aux chevilles et, cerise sur le gâteau, une chemise rouge sang assez affreuse, il faut bien le dire. Ce côté rétro amuse, mais dès qu'Eli se met à chanter, c'est le respect qu'il inspire. Parce qu'à défaut d'un charisme à la James Dean, il dispose d'une voix en tous points remarquable évoquant clairement James Brown (dont il a repris certains tics, notamment cette façon sauvage de crier avant de reprendre un couplet).

L'américain jongle entre les titres de son dernier album "Roll With You" et ses titres plus anciens : ça groove à mort, le chanteur dose le tempo à la perfection, le groupe carbure à plein régime derrière lui, entièrement dévoué à sa cause (et à ses chansons), Eli cabotine à mort, reste à fond dans son personnage de crooner coquin. A peine quelques paroles très vite prononcées (et difficilement compréhensibles) entre deux chansons, et c'est reparti de plus belle. Le groupe relâche l'accélérateur sur quelques slows langoureux où l'américain donne du "baby, honey, sweety, I love you, I miss you sooo muuuch" à la pelle (on doit bien avouer qu'on frôle régulièrement la guimauve niveau paroles, mais l'essentiel est ailleurs), puis se lance dans un court instrumental le temps pour Eli de reprendre son souffle, avant de laisser ce dernier seul face à son auditoire. Orphelin de ses fidèles partenaires, il nous livre deux splendides chansons – "dont l'une de son tout première album, donc c'est normal si personne n'en n'a jamais entendu parler" – interprétées dans leur plus simple appareil.

Puis les musiciens reviennent au complet pour jouer quelques nouvelles compositions que le groupe, explique Eli, ne va pas tarder à aller enregistrer en studio (le Trabendo de ce soir est l'antépénultième date de leur tournée, mais aucun signe de fatigue à l'horizon). Avant d'entamer l'une d'entre elles, le chanteur demande au public de lui indiquer à la fin d'un morceau s'il lui a plu ("mais bon, je sais qu'il est génial", plaisante-t-il). Difficile de juger sur une seule écoute, mais ils font plus que tenir la route et feraient excellente figure sur "Roll With You", ce qui est assez prometteur pour la suite.

Après quelques autres titres dont le génial "The Satisfier", le groupe finit son set sur le sommet "Take My Love With You", trésor qu'on jurerait avoir déjà entendu chez Tamla Motown au milieu des 60's. Mais non, Eli sévit aujourd'hui, à notre époque, et pour notre plus grand plaisir, ce soir, devant nos yeux. Le public en réclame davantage, et celui-ci s'exécute sans trop rechigner : il fera même trois rappels, dont un dernier et mémorable "(Doin' The) Boom Boom" exécuté à 12 sur scène (les espagnols de The Right Ons les rejoignant pour cette dernière) dans un bordel pas possible.

Tout au long de cet excellent show, le chanteur n'aura pas ménagé pas sa peine, hurlant tout ce qu'il pouvait (voir un peu trop), poussant son organe vocal au maximum, et mettant un point d'honneur à chanter le tout avec ferveur et conviction. Eli Paperboy Reed ne dansera jamais comme Mickael Jackson, n'aura jamais la gueule d'ange d'Elvis, mais il en n'a cure, il se consacre à 100% (et avec brio) à la mission qu'il s'est assigné : faire bouger nos derrières. Au final, bien qu'un poil répétitif sur la fin, nous aurons assisté à un très bon concert, desservi toutefois par une sono irraisonnablement forte (à la limite du désagréable).

Comme un signe, à peine le concert terminé et une partie du public partie vers d'autres aventures, Eli se rue au stand T-Shirt pour serrer des poignées de main à la pelle, distribuer des sourires, servir du "thank you" à qui en veut (et aussi vendre des t-shirts, parce que quand même, faut pas déconner...). Il ne se prend pas la tête, reste simple et à l'image de sa musique : direct, passionné, et honnête. Il y a des choses qui ne s'inventent pas, des attitudes qui ne trompent pas, et cette fraîcheur, ce type qui transpire la musique par toutes les pores, ça fait plaisir à voir, et ça fait du bien. C'est cette image que nous garderons de lui, jusqu'à la prochaine fois où nous aurons l'honneur de le recroiser.


Lire également la chronique du concert sur Froggy's Delight.

samedi 2 mai 2009

Andrew Bird + Laura Marling (La Cigale, 27 Avril 2009)

Après la sortie il y a quelques mois de son cinquième album solo, Andrew Bird investit La Cigale pour un concert très attendu, tant « Noble Beast » a marqué les esprits. Il se révèle même être l’un des tous meilleurs disques de ce début d’année. Laissant la part belle aux violons et aux guitares acoustiques, évoquant les grands espaces, « Noble Beast » est un bain de jouvence au rayon du folk et un retour aux sources pour Andrew Bird. Si son précédent album (« Armchair Apocrypha », 2007) était un poil trop tarabiscoté pour réellement nous enthousiasmer, là il va à l’essentiel et dévoile de somptueuses compositions aux mélodies imparables (« Oh No », sans doute la plus belle chanson de Bird, et candidate au titre de meilleure chanson de l’année, « Fitz & Dizzyspells », « Effigy », ou encore « Natural Disaster »).

C'est donc avec enthousiasme (malgré la pluie qui s’abat sur la capitale) que l’on pénètre dans la salle du Boulevard Rochechouart. Alors que l’on tente à grand peine de se frayer un passage dans la salle comble, on tend une oreille pour écouter la première partie qui débute, et, ô surprise, il s’agit de l’un de nos coups de cœur de l’année dernière : Laura Marling. Son album « Alas I Cannot Swim » contient quelques joyaux qu’on ne se lasse pas d’écouter (« Ghost », « Tap At My Window », « Crawled Out Of The Sea », « My Manic And I », « The Captain And Hourglass ») et elle confirme ce soir tout le bien que l’on pense d’elle et de ses compositions d’une maturité étonnante pour son âge (19 ans). Sa voix remarquable se mêle parfaitement aux harmonies tissées par le violoncelle qui l’accompagne et pour ne rien gâcher, son physique de blonde vénitienne dégage un charme qui n’est pas pour nous déplaire. Quoi qu’un peu courte, ce fut une première partie de haute volée, même si l’on peut regretter quelques fins de chansons un peu expédiées, et un problème de son avec la guitare (un léger grésillement fort désagréable).


A peine remis de nos émotions, les lumières s’éteignent et Andrew Bird fait son apparition sur scène. Il empoigne son violon et, en guise de hors d’œuvre, nous propose deux brillants titres instrumentaux basés sur des samples superposés qu’il enregistre lui-même et distille tout au long du morceau. Il reproduira cette formule originale sur toutes les chansons, à savoir une introduction où il pose le décor en empilant les couches sonores enregistrées avec son violon.

Puis son groupe le rejoint, et à mesure qu’il enchaîne les chansons, on comprend rapidement que le monsieur est un touche-à-tout génial, un musicien virtuose qui jongle entre les instruments avec brio et, de surcroît, un grand chanteur. Il est capable d’envolées vocales proprement sidérantes, siffle magnifiquement bien, sait tout faire avec son violon, et n’est pas en reste lorsqu’il empoigne sa guitare ou son xylophone. Mais surtout, il propose un univers musical extrêmement original dont il semble maîtriser le moindre aspect malgré des structures de chansons complexes. Pour compléter le tableau, il dégage un charisme évident sans en faire des tonnes : il chante beaucoup avec ses mains, est très démonstratif, et apparaît en fonction des moments un brin déjanté ou bien complètement dans sa bulle. Ce mélange de folie et de concentration extrême n’est pas sans rappeler l’attitude sur scène de chanteurs comme Thom Yorke ou Patrick Watson.

Si le personnage et sa virtuosité rendent le concert envoûtant et passionnant, tout n’est pas parfait et l’on sent qu’il manque quelque chose pour que l’on soit complètement emballé. Il apparaît que passé quelques titres, ses chansons deviennent trop prévisibles tant leur schéma demeure identique de l’une à l’autre. En guise d’introduction et d’accompagnement à ses chansons, il développe des nappes de cordes réellement impressionnantes mais souvent trop chargées et qui noient la mélodie dans de complexes couches sonores. On regrette également quelques titres qui s’étirent trop en longueur. Un autre point quelque peu irritant est son utilisation du sifflet : il n’y a aucune contestation sur le fait qu’il siffle comme un Dieu, mais il en use et en abuse si bien qu’au bout d’un moment, sur chaque chanson, on attend juste le moment où il va se mettre à siffler.

Ainsi sa prestation impressionne plus qu’elle ne touche. Il restera tout de même quelques moments magiques lorsqu’il relâche le tempo, fait taire ses samples, préfère l’épure à l’empilage de couches sonores, et se livre seul avec son instrument et sa magnifique voix.


Setlist Andrew Bird : 01-Dark Matter, 02-Waterjet, 03-Masterwarm, 04-Opposite Day, 05-A Nervous Tic Motion Of The Head To The Left, 06-Oh No !, 07-Effigy, 08-Fitz & Dizzyspells, 09-Natural Disaster, 10-Tenuousness, 11-Not A Robot, But A Ghost, 12-Cataract, 13-Anonanimal, 14-Imitosis, 15-Not Easy Being Green, 16-Fake Palindromes / Rappel / 17-Why ?, 18-Tables And Chairs, 19-Don't Be Scared

Merci à Oliver Peel pour ses photos de Laura Marling et d'Andrew Bird.