mardi 27 décembre 2011

Best Of 2011 : LES FLOPS


La Playlist Deezer :



Björk "Biophilia"
Parce que beurk...

 Beady Eye " Different Gear Still Speeding"
Parce qu'Oasis sans Noel, maintenant on sait ce que ça donne.

 Coldplay "Mylo Xyloyo"
Parce que le groupe de Chris Martin est définitivement passé du côté obscur de la pop. Parce qu'avec cet album, ça devient compliqué de les défendre.

Red Hot Chili Peppers "I'm With You"
Parce que désormais leur musique n'a de hot que le nom.


 The Leisure Society " Into The Murky Water"
Parce qu'après leur réjouissant premier album (The Sleeper), on n'imaginait pas la suite aussi insipide.

   The Wombats "This Modern Glitch"
Parce qu'il est loin le temps où ils nous faisaient danser sur Joy Division.

 Justice " Audio, Video, Disco"
Parce qu'aussi indigeste qu'une choucroute à 9h du matin un lendemain de cuite.

 CSS "La Liberacion"
Parce que la pochette hideuse. Parce que ce 3ème album est beaucoup moins bien que le 2ème, qui était lui aussi largement inférieur au pétillant 1er disque des brésiliennes.

 Death In Vegas " Trans-Love Energies"
Parce que sept ans d'attente pour ça ?

 R.E.M. "Collapse Into Now"
Parce qu'effectivement, il était sans doute temps qu'ils arrêtent.

Blondie "Panic Of Girls"
Parce qu'il n'y a pas grand-chose d'Atomic ici…

mercredi 21 décembre 2011

Camille (Café De La Danse, 18 Décembre 2011)


Et si, pour une fois, on commençait par la fin ? Par ce joyeux défilé dans le métro parisien jusqu'au Pont des Arts ? Pas à une surprise près, Camille nous a réservé une ultime pirouette à l'issue d'un concert de haute volée. Se rappelant que six ans plus tôt, lors d'un passage au Café de la Danse, elle avait embarqué son public dans une virée nocturne sur les trottoirs parisiens, elle propose de reconduire l'expérience ce soir. Destination : le Pont des Arts. Chant de troupe : "Na Na Na". Le public - resté quasiment au complet - prend un malin plaisir à suivre la chanteuse dans la rue puis à chanter à tue-tête dans le métro. Arrivée au Pont des Arts, la centaine de privilégiés qui a réussi à suivre la cadence jusqu'au bout réclame un ultime rappel. Camille s'exécute et interprète "La Demeure D'un Ciel" a capella, accompagnée par ses trois musiciens, dans un froid de canard et sous la bruine. En arrière fond la Seine, les lumières parisiennes et la Tour Eiffel illuminée. Cette soirée restera dans les mémoires.

On l'oublierait presque, mais avant cet inattendu épilogue, Camille donna deux heures durant un récital tour à tour touchant et brillant, souvent excellent, parfois génial, constamment original. S'il y a une chose qu'on ne peut lui enlever, c'est son incroyable maîtrise vocale. Elle livre notamment avec "Tout Dit" et "Ilo Veyou" deux performances impressionnantes. La première partie du concert voit Camille interpréter en intégralité Ilo Veyou, son nouveau et très bel opus. "A chaque titre sa mise en scène" semble être sa ligne de conduite. Celle-ci, à la fois sobre et inventive (beaux jeux de lumière, arrangements délicats - dispensés par trois musiciens polyvalents -, tableaux poétiques ou drôles selon la chanson), s'inscrit totalement dans l'esprit de l'album.

A trop rechercher la virtuosité, Music Hole - son précédent disque - nous avait laissé de marbre : Camille avait perdu le chemin des émotions. La chanteuse, jeune maman, a eu la bonne idée pour Ilo Veyou et son nouveau spectacle de revenir à plus de simplicité et de sensibilité. Sa retranscription live offre ainsi une très belle première partie de concert, toute en légèreté et douceur. L'ensemble, très orchestré, donne tout d'abord l'impression que l'interprète fait preuve de retenue. Mais Camille sort progressivement de sa coquille  (sur "My Man Is Married But Not To Me" et surtout "La France" où, se transformant en chanteuse de cabaret à l'accent gouailleur, elle fait danser la valse à deux hommes pris au hasard dans le public) pour se laisser gagner à davantage de folie et d'exubérance lors des rappels.

Ceux-ci, entamés tambour battant ("Ta Douleur" suivi de "Paris"), retracent en quelques titres le parcours discographique de la chanteuse. L'album Le Fil est le plus représenté, et l'on redécouvre notamment "Baby Carni Bird" ou la superbe ballade "Pâle Septembre", interprétée au piano par Camille. "Cats And Dogs", un des meilleurs titres de Music Hole, voit la chanteuse donner libre cours à son grain de folie, entre "miaou miaou", "ouaf ouaf", chant survolté, grimaces de circonstance et jeu avec le public ("miaou miaou" à droite, "ouaf ouaf" à gauche et inversement). Le rappel se termine par une performance collective très justement intitulée "Na Na Na" : sur un air répétitif (2 couplets et un refrain) et en utilisant - presque - toutes les consonnes de l'alphabet dans l'ordre (une antisèche géante est projetée sur le rideau blanc en fond de scène), la joyeuse chorale entonne à pleins poumons cette guillerette rengaine de cour de récréation, tentant tant bien que mal de suivre un tempo qui s'accélère à mesure que la chanson avance.

S'en suit une salve d'applaudissements et un second rappel, plus court cette fois-ci où Camille revisite le "Wanna Be Startin' Somethin'" de Michael Jackson. Est-il possible de rendre hommage au King Of Pop avec un violon jouant des pizz, un piano, une contrebasse et une batterie de fortune ? La réponse est oui, et Camille fait mieux que se défendre. S’emparant de la chanson, elle la fait sienne tout en gardant son esprit originel. Une totale réussite où la chanteuse se permet même un intermède humoristique : entre autres pitreries, elle se lance dans un moonwalk pour lequel elle quémande une paire de chaussette dans le public, "parce que sinon ça ne glisse pas assez".

Après un sympathique mais anecdotique duo avec son frère suivi des salutations d'usage, nous avions déjà la tête au chemin du retour. Mais c'est alors que Camille fit une proposition qu'on ne pouvait décemment pas refuser...

Setlist Camille :

01  Aujourd'hui
02  Le Berger
03  L'Etourderie
04  Ilo Veyou
05  She Was
06  Mars Is No Fun
07  Bubble Lady
08  Shower
09  Message
10  La France
11  Allez Allez Allez
12  My Man Is Married But Not To Me
13  Pleasure
14  Wet Boy
15  Le Banquet
16  Tout Dit

Rappel 1


17  Ta Douleur
18  Paris
19  Au Port
20  Baby Carni Bird
21  Piscine
22  Cats And Dogs
23  Pâle Septembre
24  Mon Petit Vieux
25  Na Na Na

Rappel 2

26 Wanna Be Startin' Somethin'

dimanche 25 septembre 2011

We Love Green J2 (Dimanche 11 septembre 2011)

Si la journée du samedi marquait le retour de l'été, celle du dimanche fait craindre le pire : nuages et averses sont annoncés tout au long de la journée. C'est d'ailleurs une bonne ondée qui nous cueille en début d'après-midi. Les petits hauts et sandalettes de la veille ont été troqués contre le ciré et les bottes. Au final, les cumulus menaçants défileront toute la journée au-dessus de nos têtes sans qu'une goutte de pluie ne vienne gâcher la fête.

Début des hostilités avec la jeune chanteuse française Soko. Seule à la guitare électrique, elle entonne de sa voix cristalline des mélodies aussi douces que le jus de fruit bio avec lequel on fait le plein de vitamines. Emmitouflée dans un imperméable beige foncé, chapeau de Crocodile Dundee sur la tête, Soko apparaît un poil nerveuse mais déborde d'énergie. Parle plus vite que son ombre entre deux chansons. Bientôt rejointe par un guitariste, passant tantôt derrière la batterie tantôt à la basse et accompagnée d'une boîte à rythme, elle donne dans un folk lo-fi inventif et débridé. Sympathique mais pas transcendant, d'autant plus que la fille au clavier s'applique à chanter faux sur les choeurs.

Place à Piers Faccini. Le plus francophone des anglo-italiens, venu défendre son nouveau disque (My Wilderness, sortie fin septembre), entame seul son concert, voix a capella passée dans un sampleur. Ses deux musiciens viennent ensuite l'entourer. Plusieurs chansons du futur album sont jouées (dont le très bon single "Tribe"). La musique de Piers Faccini oscille en permanence entre canons folk et sonorités africaines, comme en atteste "Your Name No More", reconnue immédiatement par les festivaliers. Après un blues longuet, le chanteur interprète une belle ballade du précédent album "A Home Away From Home". Dans la foulée, on craint que "A Storm Is Gonna Come" ne devienne prophétique. Mais le chanteur nous rassure : "Je joue cette chanson parce que j'ai vu un coin de ciel bleu". Le timbre de voix et les vocalises du chanteur, par ailleurs excellent mélodiste, régalent nos conduits auditifs. On aurait aimé un concert un peu plus long (3/4 d'heure seulement) et une setlist plus complète, mais on s'en contentera.

Qui aurait parié sur une BB Blonde (Belle Belge Blonde) de 22 ans pour susciter tant d'enthousiasme avec un premier disque abouti oscillant entre raggamuffin, soul et folk ? Pas grand monde. Mais en quelques mois, Selah Sue s'est fait un nom. Son disque cartonne et la chanteuse convainc partout où elle passe. Même les non adeptes du genre tombent sous le charme. Aperçue quelques minutes cet été à Werchter, elle nous avait laissé une bonne impression. Confirmation attendue aujourd'hui au jardin de Bagatelle.

Premier élément de réponse : Selah Sue maîtrise la scène sur le bout des ongles. En véritable pile électrique, elle tient son public comme une frontgirl chevronnée. Module son chant à sa guise (débit ultra rapide et saccadé, douceur extrême, puissance vocale digne d'une chanteuse soul, tout y passe). Parcourt la scène crânement, sans s'économiser. La miss n'a pas froid aux yeux et fait corps avec sa musique. Chanson après chanson, elle fait preuve de talent, intensité, et musicalité ("This World", "Peace Of Mind Raggamuffin", le tube sur toutes les lèvres "Raggamuffin" et le bouquet final "Crazy Sufferin Style"). En harmonie avec le public, on kiffe la vibe. Tout serait parfait si d'autres n'avaient pas défriché le terrain auparavant (on pense à Patrice, Nneka voire Duffy).

On le sent, ça se voit : beaucoup de monde est venu voir Metronomy. Le quatuor Londonien, groupe hype du moment et candidat au titre de groupe de l'été, est sur toutes les lèvres. S'ils en sont arrivés là, c'est surtout parce qu'ils ont sorti au printemps un bien bel album (The English Riviera). Rien de révolutionnaire, mais une collection de chansons bien troussées voire emballantes. Alors, Metronomy ? Brillants rats de studio ou vrai groupe live capable de rallier les foules à leur cause ?

"We Broke Free", l'intro d'English Riviera, ouvre le set, suivie de "Love Underlined" qui secoue bien le public. Deux titres de Nights Out ("Back On The Motorway" où le groupe commet l'irréparable en plaçant un solo de sax, puis "Holiday"), le premier album, font retomber la pression. La sombre "She Wants" met en exergue les talents du bassiste, au jeu chaloupé et aux déhanchements stylés. Les nouvelles chansons ajoutent à la rythmique efficace du premier disque une conscience pop bienvenue. Metronomy semble s'être trouvé sur English Riviera.

"Heartbreaker", qui surnageait sur Nights Out, reste une de leurs toutes meilleures compositions et réveille le public. Pendant "The Bay", les anglais touchent du doigt quelque chose de rare : une électro-pop intelligente capable de remuer les foules. Ils n'atteindront ce niveau à aucun autre moment du concert. S'en suit une fin de set décevante : "You Could Easily Have Me", incartade rock limite punk, est certes énergique, mais d'autres le font mieux qu'eux. "Corinne" puis "A Thing For Me" ne soulèvent pas vraiment l'enthousiasme alors que "The Look", single efficace d'English Riviera, sonne bien plate en live.

Malgré les coeurs lumineux sur la poitrine et les bonnes chansons, Metronomy laisse un sentiment mitigé. Leur prestation souffre notamment d'un manque de puissance sonore et les versions des morceaux restent un peu trop sages. Metronomy en concert, c'est comme le Schweppes : sautillant et frais mais pas renversant.

Frais, on doute qu'il le soit, Peter Doherty, lorsqu'il pénètre sur scène sans prévenir. Occupé à échanger nos derniers tickets boissons contre une pinte de cervoise teutonne, on regarde le début de sa prestation de loin. L'anglais surprend tout le monde, roadies y compris, en empoignant sa guitare en avance sur l'horaire. Il ne la lâchera plus une heure durant. Ce concert confirme que le grand échalas britannique reste un cas à part : comment se fait-il que tout seul, à l'arrache, visiblement éméché et livrant des versions parfois approximatives de ses morceaux, il signe le meilleur concert du week-end ?

Libéré de prison quelques semaines auparavant (il avait dû annuler son passage à Solidays fin juin pour cette raison), Peter Doherty livre un récital pendant lequel il passe en revue ses meilleures compositions (période Libertines et Babyshambles y comprise). Dans une setlist où le chanteur semble naviguer à vue trônent quelques perles de Grace / Wastelands, son album solo dont on ne cesse de mesurer la qualité, deux ans après ("Arcady", les sublimes "Lady Don't Fall Backwards" et "Sheepskin Tearaway" - dont l'enchaînement sera le point culminant du set -, "Last Of The English Roses").

Les Libertines ne sont pas oubliés avec "Can't Stand Me Now" où Soko (dans le rôle de Carl Barât pour l'occasion) n'en revient pas de se retrouver sur scène avec Mr. Doherty, et "Music When The Lights Go Out". Mais ce sont les chansons des Babyshambles qui recueillent la majorité des suffrages : "Delivery", "You Talk", "Fuck Forever" et "Albion" (encore avec Soko à l'harmonica). Ultime pirouette : une reprise de "Twist & Shout",  puis Peter Doherty tourne les talons, salue, et s'en va.

Ce soir, l'anglais était en mode Jukebox. Pas un grand concert, donc, mais une très bonne prestation où sa voix toujours aussi touchante et ses superbes compositions font la différence. Il est temps désormais pour lui d'écrire un nouvel album, en solo ou avec ses Babyshambles. Après deux ans sans nouveauté à se mettre sous la dent, on attend avec impatience la suite.


dimanche 18 septembre 2011

We Love Green J1 (Samedi 10 septembre 2011)


Un festival écolo à Paris, ça donne quoi ? La question était sur toutes les lèvres dans la navette amenant les festivaliers vers le parc Bagatelle. Premier élément de réponse, le festivalier type du We Love Green semble être bio et bobo, férocement indé et bien fringué. Bref, malgré la proximité de l'Hippodrome de Longchamp, on n'est pas exactement à Solidays.




Première vue d'ensemble : on proposerait bien au festival de se renommer We Love Beige, ça serait plus raccord avec la couleur dominante du décor. Il est annoncé 6000 festivaliers ce week-end, là encore on est bien loin des mastodontes de fréquentation franciliens qui dépassent chaque année les 100 000 entrées. We Love Green se veut un festival intimiste comme en atteste la petitesse du site (une seule scène). En découle une douceur de vivre et un confort inhabituel pour le festivalier qui peut déambuler en toute décontraction. Pas besoin de jouer des coudes pour se frayer un passage ou encore marcher dix bonnes minutes pour assister au concert suivant. Pour ne rien gâcher, c'est dans un bain de soleil que nous assistons au coup d'envoi de l'aventure We Love Green.

Pas grand chose à dire sur Pilooski, qui termine son DJ Set dans l'indifférence générale. A sa décharge, l'électro au milieu de l'après-midi, ça n'a jamais fait rêver les foules. On profite de la demi-heure de battement avant Connan Mockasin pour faire un tour des stands. On s'attarde sur la bicyclette qui, moyennant quelques coups de pédale, nous permet de recharger notre portable avant de jeter un oeil aux splendides (et instructives) affiches situées juste après l'entrée. On apprend notamment qu'en France, après des siècles de déforestation humaine, la forêt reprend de la place grâce à l'exode rural. Fichtre ! On rentrera moins con ce soir. La suite des clichés fait mal à notre petit coeur écolo, mais on tient bon.

Suite du programme : confection de colliers de fleurs personnalisés, un attractif espace lounge avec coussins moelleux et coin à l'ombre, un bar pas comme les autres (bières hollandaises exceptées, tout est bio), un stand de bouffe pas comme les autres (maîtres mots : bio et végétarien, ça change des kebabs et sandwiches américains), deux mini-géodes en bois dont une abrite une expo photo, des toilettes sèches avec sciure de bois, un stand de crêpes bio,...

L'esprit du festival est bien présent (tout est pensé pour être écolo), mais pas pour tout le monde. Chaque festival a son lot de crétins, on s'attardera ici sur une frange agaçante des festivaliers (pas très green pour le coup) qui jette par terre papiers, emballages et mégots. Un comble. D'autres semblent être venus surtout pour exhiber leurs dernières acquisitions shopping en cet ultime week-end estival.

Pour nous, We Love Green, c'est avant tout une programmation musicale croustillante mais bizarrement répartie : si dimanche offre un consistant plat de résistance (Peter Doherty, Metronomy, Selah Sue, Piers Faccini), le samedi fait plutôt pâle figure. En dehors de Connan Mockasin et des excellents Of Montreal, pas grand chose à se mettre sous la dent pour rassasier notre appétit musical. 

En ce week-end d'ouverture de la coupe du monde de rugby, on ne s'étonnera pas de voir les néo-zélandais Connan Mockasin livrer le premier vrai concert de la journée. Leur second disque (Forever Dolphin Love) est dors et déjà une des belles surprises de l'année et on est curieux d'entendre ses perles de pop atmosphérique live. Le chanteur avoue être content d'être en France et remercie chaudement le public de s'être déplacé car "chez nous, personne ne vient nous voir".



L'album est joué en entier, à commencer par l'excellente "Faking Jazz Together" et son riff hypnotique, "Megumi The Milkyway Above", "It's Choade My Dear", ou encore "Forever Dolphin Love", longue et envoûtante plage progressive d'une douceur extrême. Les chansons sont là, le son aussi, mais ça ne fonctionne pas vraiment. La musique de Connan, mystérieuse, sensible, est un oiseau de nuit. En plein jour, la magie du disque tombe un peu à plat. Concert agréable malgré une pointe de déception.

S'en suit un interminable changement de plateau. On se dit d'abord que Superpitcher, prévu à 18h20, est gonflé de prendre autant de temps et va mettre tout le monde à la bourre. Puis on se rend compte que c'est Of Montreal qui effectue ses balances et qu'on ne verra pas le DJ allemand. Le combo funko-psychédélique américain (pas canadien pour un sou) débarque un peu après 19h, bariolés comme à leur habitude, visiblement ready to party. Ça tombe bien, nous aussi.

En trois disques de haute volée (Hissing Fauna, Are You The Destroyer ? (2007), Skeletal Lamping (2008), False Priest (2010)) et après une décennie passée dans l'anonymat, Of Montreal s'est forgé un style immédiatement reconnaissable et une solide réputation : morceaux disco-funk-psyché-rock, chanteur dépressif à la voix de fausset, performances scéniques hautes en couleur.

Les concerts des américains colorés convoquent en général un bestiaire et un cortège de personnages improbables. Le show d'aujourd'hui ne déroge pas à la règle : slam de superheros en collants rouge et noir, combat de catcheurs, jet de dollars dans le public, apparition de cochons sur scène, longue saucisse de ballons de baudruche dépliée dans le public,... Le chanteur Kevin Barnes (très seyant en collants mauves, mocassins rouges et short blanc) et son guitariste en mode Woodstock s'en amusent. On en oublierait presque la musique. Avec une setlist centrée sur Hissing Fauna..., Of Montreal régale et livre une performance enthousiasmante.


Capable d'envolées rock ("Suffer For Fashion", "Coquet Coquette"), les américains excellent lorsqu'ils versent dans une funk sous LSD ("For Our Elegant Caste", "Gronlandic Edit"). Basse souple et ondulante, gimmicks de guitare sautillants, voix haute perchée, claviers psyché : la formule fait mouche presque à chaque coup ("A Sentence Of Sorts In Kongsvinger", "St.Exquisite's Confessions" - qui finit dans une longue jam prog -,  "Heimdalsgate Like A Promethean Curse").



Le concert se termine avec un coucher de soleil de toute beauté à gauche de la scène. Et c'est à peu près tout pour ce samedi, puisqu'après quelques minutes (assez pénibles) de DJ Koze, on se résout à rentrer chez nous et faire l'impasse sur Kruder & Dorfmeister. Au final, la première journée aura été fort agréable (soleil, cadre bucolique, rosé bio) mais peu consistante au niveau musical (deux concerts ? C'est un peu court, jeune homme...).

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Crédits photos : Pierre Baubeau.

dimanche 4 septembre 2011

We Love Green (Samedi 10 & Dimanche 11 Septembre 2011 au Parc de Bagatelle)

Nouveau-né dans le monde des festivals rock parisiens, We Love Green pointe pour la première fois le bout de son nez à côté des incontournables Solidays, Rock en Seine et la Fête de l'Huma. Si certaines similitudes avec l’événement organisé par Solidarité Sida peuvent être notées (festival militant, défense d'une cause noble (respect de l'environnement) et site du parc de Bagatelle tout proche de celui de Longchamp), We Love Green passe à la vitesse supérieure en matière d'éco-responsabilité.

Comme son nom l'indique, We Love Green se pare de vert et s'engage à réduire l'empreinte écologique du festival, sensibiliser les festivaliers (et les artistes) au respect de l'environnement et innover en matière de développement durable. Vaste programme. Le site du festival nous donne quelques indications quant à la philosophie et la genèse du festival : "We Love Green choisit de promouvoir l'idée du beau, du bon, du bien, du green. Pourquoi se priver d'être plus responsable tout en se faisant plaisir aux yeux et aux oreilles ?". "We Love Green se positionne comme un laboratoire d'innovations en terme environnemental, social et sociétal, met en oeuvre des solutions nouvelles et teste de nouvelles pratiques". "L'éco-conception est LA direction artistique de notre festival."

Côté programmation musicale, du très beau monde va se succéder tout au long du week-end prochain dans le splendide Parc de Bagatelle : le label Because, partenaire de l'événement, se taille la part du lion avec Connan Mockasin, Metronomy, Selah Sue et Soko. Pour le reste, Of Montreal, Piers Faccini et Peter Doherty complètent l'affiche de cette alléchante première édition du We Love Green.

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lundi 4 juillet 2011

Solidays J3 (Dimanche 26 Juin 2011)

Festival couvert pour Froggy's Delight

Après une journée en demi-teinte samedi, nous entamons ce dernier jour de festival par le set enjoué de Fool's Gold. Le collectif distille son afro-pop aux courageux venus braver la canicule. Le concert est à l'image du disque : un concentré de bon humeur, une invitation à la fête et à la danse. Une réussite, donc (en tête "Surprise Hotel", joué en fin de set) même si une programmation en soirée aurait davantage servi leurs intentions.

Changement de style avec Puggy, qui joue sous un Dôme archi-comble. Les petits belges (en vrai un trio anglo-franco-suédois basé en Belgique) ont fait du chemin depuis la sortie de leur second album il y a un an (Something You Might Like). Portés par un très bon bouche-à-oreille, une poignée de singles imparables et des passages radios qui aident bien à mettre du beurre dans les épinards, Puggy semble être à deux doigts du succès. S'ils n'ont pas encore signé d'album intemporel, on doit reconnaître à Something You Might Like de nombreuses qualités.

Loin d'être déstabilisés par l'engouement qu'ils suscitent, les Puggy s'imposent comme des patrons sur la scène de Solidays. Affichant une réelle maîtrise de la scène, le trio offre un show très pro et efficace (même si une deuxième guitare leur serait sûrement bénéfique en live). Si on regrette quelques titres trop lisses et des refrains faciles sans doute adorés par les auditeurs de RTL2, il est évident que Puggy dispose de chansons destinées à emballer les foules : "When You Know", "We Have It Made", "I Do", "You Call Me Up", "Something You Might Like", "Teaser".

Place ensuite à Aloe Blacc, la révélation soul de l'an dernier avec l'irrésistible single "I Need A Dollar" et surtout un album bluffant (Good Things). Mr Blacc sera-t-il un performer à la hauteur de son talent de songwriter ? Si la voix ainsi que le backing band sont parfaits, l'ensemble manque de châleur et Aloe ne parvient pas à emballer l'assistance. Du coup le chanteur en fait même un peu trop et exagère les vocalises avec sa voix. Résultat : Aloe Blacc ne soutient pas la comparaison avec, au hasard, Raphael Saadiq.

Après cette petite déception, IAM se présente sur la scène Paris. Nous sommes en terrain connu, et les marseillais semblent surtout là pour faire plaisir à leur public. Avec leur brio habituel et des titres aussi bons que "L'École Du Micro d'Argent", "Chez Le Mac", "L'Empire Du Côté Obscur" ou "Je Danse Le Mia", IAM atteint aisément son objectif. Bien, et après ? Leur dernier bon album date de 1997...

Sur la scène Bagatelle, Gaëtan Roussel vient présenter son album solo sorti l'an dernier (Ginger) et écoulé à plus de 100 000 exemplaires (le single "Help Myself" est passé par là). La formation est imposante, le son très rock, les riffs efficaces et les chansons plutôt bonnes (comme prévu, "Help Myself" rend le public hystérique). Il manque encore un soupçon de je ne sais quoi pour faire décoller le navire, mais le spectacle est solide et plaisant.

Après Manu Chao en 2009 et -M- l'an dernier, c'est à Moby que revient la charge de clore cette 13ème édition de Solidays. Malgré notre scepticisme, nous lui accordons le bénéfice du doute et espérons qu'ils sera à la hauteur de ses prédécesseurs, maîtres ès-électrification des foules. L'intro suivie du tube "In My Heart" laissent optimiste, mais tout s'écroule progressivement. Malgré une setlist estampillée disques d'or ("In My Heart", "Go", "Why Does My Heart Feel So Bad", "We Are All Made Of Stars", "Bodyrock", "Porcelain", "Natural Blues", "Honey"), le DJ américain peine à convaincre. Appuyé par un groupe robuste (batteur, guitariste, violoniste, clavier et chanteuse/braillarde), le show de Moby dégage pourtant beaucoup d'énergie.

Mais manquent la finesse des arrangements et l'originalité des compositions, c'est-à-dire l'essentiel. Ajouté à cela des prises de parole d'une inanité sans nom entre les morceaux, vous aurez compris que Solidays se boucle en eau de boudin cette année. Nous restons malgré tout jusqu'au bout, sans participer à l'enthousiasme des plus irréductibles (il est d'ailleurs peu surprenant de constater que beaucoup moins de monde est resté pour le dernier concert comparé aux masses impressionnantes des concerts de Manu Chao et -M-). 1h20 de show et puis s'en va. Luc Barruet (président de Solidarité Sida) prend le micro, le public fait semblant de demander un rappel par quelques applaudissements peu appuyés (quiconque a assisté aux concerts de clôture des deux dernières années saisira la différence), puis la sono lance "I Will Survive" de Gloria Gaynor, signal de clôture du festival chaque année.

C'est par cette triste fin que se termine cette 13ème édition de Solidays, qui nous laisse sur notre faim musicalement. Quelques bons concerts mais rien d'ébouriffant, c'est trop peu. A côté de ça, Solidays progresse petit à petit sur l'organisation, notamment au niveau du camping et des WC, où de vrais efforts ont été faits pour le confort des festivaliers. Après Manu Chao, -M- et Moby, quel sera le prochain "M" à clore Solidays 2012 ? Les jeux sont faits, réponse dans 10 mois.

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mercredi 29 juin 2011

Solidays J2 (Samedi 25 Juin 2011)

Festival couvert pour Froggy's Delight










Pour cette deuxième journée ensoleillée à Solidays, nous rentrons tout de suite dans le vif du sujet avec Zone Libre vs Casey & B. James, soit le groupe de l'ex-Noir Désir Serge Teyssot-Gay (guitare). Sympathique, mais rien de très nouveau chez ces Rage Against Machine à la française. Tout l'intérêt réside dans les riffs volcaniques de Mr Serge, qui maltraite les conduits auditifs de festivaliers à peine réveillés. Bonne idée de mélanger les genres, mais les phrasés agressifs et les textes véhéments de Casey & B. James ne sont pas notre tasse de thé, d'où une petite déception à la sortie.

La petite Madjo donne, dans un tout autre style, un très bon concert. On pense entre autres à Yael Naim et Asa. Ses chansons folk-soul et sa belle voix rocailleuse séduisent en ce début d'après-midi. Tantôt feutrées tantôt entraînantes, la franco-sénégalaise possède plusieurs rengaines alléchantes ("Leaving My Heart", "Je Claque Des Doigts", la reprise de "Where Did You Sleep Last Night", "Trapdoor In The Wall") et fait preuve d'aplomb sur scène. Belle découverte.

Nous enchaînons avec les p'tits français qui montent : Quadricolor. Ces jeunes niçois proposent une pop légère et fraîche, teintée d'électro, jouée avec entrain. Très agréable à écouter même si, au stade du premier album, ils ne vont pas révolutionner la planète rock. Il leur manque encore la mélodie qui fait la différence.

Délaissant contre notre gré Shakaponk, nous nous rendons sous le chapiteau César Circus. où le vétéran Charles Bradley donne un superbe récital soul. Un vrai show à l'ancienne, avec un groupe à la hauteur du patron. Même s'il donne parfois dans l'imitation de James Brown, le soulman sexagénaire fait revivre avec ferveur et talent une époque révolue.

Pas le temps de chômer, Moriarty chante ses comptines boisées sous le Dôme. Découverts il y a près de 4 ans avec l'album Gee Whiz But This Is A Lonesome Town et le single fédérateur "Jimmy", le groupe franco-américain s'est un peu fait oublier depuis. Revenus au printemps avec un nouveau disque dans le même esprit mais, il faut dire ce qui est, un peu moins bon (The Missing Room), c'est avec un vrai plaisir que l'on retrouve Moriarty sur scène. Rien n'a changé, ou presque : en rangs serrés derrière une Rosemary tout de rouge vêtue, le groupe joue un folk rugueux et étrange aux mélodies mélancoliques et aériennes. Même si le nouvel album a sa chanson phare (la superbe "Isabella"), "Private Lily" recueille plus de suffrages, sans parler de "Jimmy" sur laquelle le public retient son souffle, offrant au groupe une quiétude toute religieuse.

Déjà programmés l'an dernier sous le même chapiteau, revoilà les français de Syd Matters, lestés d'un cinquième album en demi-teinte (Brotherocean). On affectionne toujours autant ce groupe en live, où il est capable d'envolées planantes d'une douceur absolue autant que de passages fiévreux et puissants. Le set, entamé par "Obstacles" - peut-être leur plus belle chanson -, confirme ce que les albums laissent penser : les chansons récentes ne soutiennent pas la comparaison avec les deux premiers albums. Même si "Hi Life" ou "Wolfmother" font mieux que tenir la route, on ne retrouve pas la même intensité que sur les chansons de A Whisper And A Sigh ou Someday We Will Foresee Obstacles ("Watcher", "Bones", "Stone Man" et, donc, "Obstacles"). Malgré ces quelques passages à vide, le concert reste très bon et Syd Matters prouve qu'ils restent loin devant la meute des poursuivants.

S'en suit un parcours du combattant pour accéder à la scène Paris où se produit Morcheeba. 10 minutes de marche pour traverser le festival et nous retrouvons les anglais en plein "The Sea". Récemment rabibochée avec les frères Godfrey, la chanteuse Skye Edwards éclabousse la scène de sa classe. Il suffit qu'elle chante pour que nous tombions sous le charme. Mais, malgré Skye et des compositions retranscrites à la perfection, le problème reste le même avec Morcheeba : passé quelques titres, on s'ennuie poliment. Les chansons du nouvel album ("Even Though", "Blood Like Lemonade", "Crimson") ne font pas oublier leurs glorieux ancêtres. L'excitation revient sur les standards du groupe ("Otherwise", "Slow Down", "Blindfold", "Rome Wasn't Built In A Day"), qui nous font passer un moment douillet au coin du feu. Nous repartons satisfaits, ayant reçu eu ce que nous attendions. Mais pour le grand frisson, nous repasserons.

Pas grand chose à signaler ensuite. En quête de substances solides puis en goguette au Nova Club, nous ne verrons de la nuit électro que The Shoes (sympa mais pas complètement convaincant), manquant notamment Goose.

Lire l'article sur Froggy's Delight.

Solidays J1 (Vendredi 24 Juin 2011)

Festival couvert pour Froggy's Delight

Soleil à tous les étages, jeunes festivaliers bien décidés à festoyer, artistes en tous genres annoncés ce week-end à Longchamp : pas de doute, l'été est bel et bien là.

Solidays investit pour la 13ème année d'affilée l'Hippodrome, avec pour ambition de récolter un maximum de fonds pour la lutte contre le SIDA. Après des éditions 2009 et 2010 très réussies, Solidays sera-t-il à la hauteur cette année ?

Le temps de monter la tente, c'est avec Klaxons que nous démarrons le festival. Les britons ne font pas dans la demi-mesure et déballent unes à unes leurs chansons amphétaminées : "Atlantis To Interzone" en entame, "As Above So Below", "Gravity's Rainbow", "Two Recievers". Les titres de l'excellent Myths Of The Near Future (4 ans déjà !) font mouche dès la première note. Ceux du décevant Surfing The Void (2010) restent plus poussifs, à l'exception de "Venusia" et "Echoes" qui reçoivent les faveurs du public. Mais c'est sans commune mesure avec l'accueil réservé à "Golden Skanks" et "It's Not Over Yet" (qui clôt le set), les deux tubes inclassables des anglais. Rien de nouveau, un son bancal, une setlist inégale, mais beaucoup d'énergie et un concert très rock porté par une poignée de chansons ultra efficaces.

Changement d'ambiance radical avec Katerine sur la grande scène (Paris). Le trublion coupeur de son, passé maître dans l'art du chanteur-énervant-négligé-décalé-gratte-poil-incompris ne convaincra pas ses détracteurs, mais propose un spectacle agréable en cette fin d'après-midi. Passées les inévitables "100% V.I.P" et "Au Louxor" reprises en chœur, Katerine oscille entre rengaines quelconques et bonnes surprises. Au premier rang desquelles trône "La Banane", irrésistible hymne au glandage estival.

Cruel dilemne au soleil couchant : Cold War Kids, Yael Naim et Cascadeur sont programmés en même temps. Tant pis pour les deux dernier cités : priorité au rock. Cold War Kids, revenus au beau milieu de l'hiver avec un album ambitieux mais pas complètement réussi (Mine Is Yours), semblent s'orienter doucement mais sûrement vers la musique pour stade. Pour preuve cet album très léché, aux mélodies grosses comme ça, aux guitares inspirées de The Edge et à l'état d'esprit très Kings Of Leon dernière période. Le tableau semble guère réjouissant, mais quelques pépites émaillant l'album relèvent l'ensemble.

Sur scène, les américains restent fidèles à leurs prestations passées : guitares aiguisées, clavier martelé, voix haute perchée, puissante et séduisante. Le groupe privilégie les morceaux du premier et du dernier album. "We Used To Vacation" et surtout "Hang Me Up To Dry", par qui tout à commencé, sont les temps forts d'un concert solide à défaut d'être enthousiasmant. Cerise sur le gâteau : "Bulldozer", superbe ballade et meilleur titre du groupe depuis belle lurette, interprété en fin de set.

AaRON joue ensuite sur la scène Paris. Juste récompense pour les français, auteurs l'an dernier d'un Birds In The Storm très réussi. Si certains anciens titres sonnent un peu creux ou donnent carrément des boutons ("U-Turn (Lili)"), la plupart se révèlent enthousiasmants ("Ludlow", "Rise", "Inner Streets", "Arm Your Eyes"). Sincèrement heureux de voir autant de monde devant eux, le groupe bichonne son public. Preuve qu'AaRON est sur la bonne voie : il parvient à convaincre malgré ses défauts. Et puis avec "Seeds Of Gold", ils tiennent leur chanson parfaite.

La température monte de quelques degrés sous le Dôme : le public, présent l'an dernier ou averti par le bouche-à-oreilles, attend avec impatience Skip The Use. Les Lillois, précédés par une réputation scénique à faire pâlir de jalousie les Hives (toutes proportions gardées), déboulent sur scène devant un parterre chaud bouillant. Le groupe montre rapidement qu'il est à l'unisson avec son public : frénésie funk, énergie rock bouillonnante, frontman survolté, jeu pied au plancher, rythmiques à faire danser les morts. Les nordistes déploient une énergie incroyable. Ça groove à fond sous le Dôme et les spectateurs font corps, finissant le concert dans un état de liquéfaction avancé. Très touché, le chanteur rend un hommage extrêmement émouvant à un de ses amis décédé du SIDA. Sans conteste LE concert de ce vendredi, voire du week-end.

Le collectif mixte The Go ! Team poursuit dans la même atmosphère avec leur musique fun et enthousiasmante. Au menu : 6 musiciens dont 3 filles, beaucoup d'énergie, une musique débridée et dynamique, des refrains accrocheurs et une bonne humeur communicative. Seul défaut : les chansons sont trop répétitives. Visuellement détonnants, portés par une chanteuse sur ressorts, The Go ! Team ne déçoit pas.

Tout le contraire de Mark Ronson qui, accompagné par son groupe (The Business Intl.) dans un décor à mi-chemin entre les White Stripes et Star Trek, nous fait subir un horrible premier quart d'heure. Sons synthés 80's abhorrés et compositions vides : c'est un bide total. On attend mieux du producteur vedette (Amy Winehouse, Robbie Williams, Kaiser Chiefs et Lily Allen entre autres). La machine se remet doucement en marche et la seconde partie du concert permet de ne pas partir sur une note trop négative ("Valerie", "Oh My God", "Bang Bang Bang"). Hercules & Love Affair ponctue la soirée par un set correct mais décevant. Sympa à voir visuellement (garçons déguisés en filles), mais répétitif et un peu mou.

Lire l'article sur Froggy's Delight.

vendredi 10 juin 2011

Solidays 2011 : petit guide du festivalier indécis


Solidays, c'est dans deux semaines ! Et cette année, c'est un Festival In Love qui vous attend. Alors que l'ouverture de la période des grands raouts d'été est sur le point d'être décrétée, il est temps pour le festivalier de planifier sa tactique d'approche. Comme chaque année, le festival organisé par Solidarité Sida prend un malin plaisir à ménager le suspense : pas de programmation détaillée avec les horaires avant l'arrivée des festivaliers à l'Hippodrome de Longchamp. Et comme chaque année, les choix vont être cornéliens et les interrogations multiples : Mark Ronson ou Cold War Kids ? Mais il est passé où, Peter Doherty ? Morcheeba ou Moriarty ? C'est laquelle, déjà, ma tente Quechua ? Bumcello ou Fool's Gold ? Acras au restaurant antillais ou feijoada au stand brésilien ? Nuit électro ou dodo ? Quand et-ce qu'il arrête de se toucher avec sa gratte, John Butler ? Une heure d'attente pour la douche du camping ou mode cracra toute la journée ? Et oui, Solidays ça ne s'improvise pas ! Pour vous aider, voici un petit guide du festivalier indécis.

Vendredi 24 Juin :

A ne rater sous aucun prétexte : Cold War Kids, Yael Naim

Allez faire un tour, vous ne serez pas déçus : Hercules And Love Affair, Hocus Pocus, Katerine, Klaxons, Mark Ronson & The Business Intl, Skip The Use, The Go! Team, The Bewitched Hands

Pourquoi pas, en sirotant une bière : AaRON, Discodeine, Irma, Raggasonic, Stupeflip

Peut-être l'an prochain, comme Amy Winehouse à Rock en Seine : Peter Doherty



Samedi 25 Juin :

A ne rater sous aucun prétexte : Charles Bradley, Syd Matters, Morcheeba

Allez faire un tour, vous ne serez pas déçus : Ebony Bones, Israel Vibration, Moriarty, Patrice, Seun Kuti & Egypt 80, Shaka Ponk, The Shoes, Zone Libre vs. Casey & B James

Pourquoi pas, en sirotant une bière : Madjo, Quadricolor

Là, c'est le moment d'aller un chercher un tiboudienne au stand sénégalais des restaurants du monde : John Butler Trio, Keny Arkana

Dimanche 26 Juin :

A ne rater sous aucun prétexte : Aloe Blacc

Allez faire un tour, vous ne serez pas déçus : Bumcello, Fool's Gold, IAM

Pourquoi pas, en sirotant une bière : Cocoon, Gaëtan Roussel, Bernard Lavilliers, Puggy

Il va électriser Solidays en clôture du festival : Moby (OK, elle était facile...)

A dans deux semaines !

samedi 23 avril 2011

Anna Calvi (Le Trianon, 22 Avril 2011)

Après des prestations remarquées à la Boule Noire en Novembre puis au Nouveau Casino en février, et avant un passage à Rock en Seine fin août, la nouvelle coqueluche pop en provenance d'Albion revient à Paris défendre son orageux premier album au Trianon. Anna Calvi, puisque c'est d'elle dont il s'agit, s'impose chaque jour un peu plus comme le phénomène de ce début d'année 2011. Embarquée dans une tournée marathon qui la conduira jusqu'aux Etats-Unis en mai/juin, elle ne se ménage pas et séduit partout où elle passe. Confirmation attendue ce soir dans une des plus belles salles de la capitale.

C'est dans un silence religieux et les regards entièrement tournés vers elle que la plus italienne des chanteuses anglaises entame "Rider To The Sea". La telecaster gorgée de réverb résonne de toutes parts, les notes s'étirent, restent suspendues en l'air avant de se lancer dans une périlleuse cavalcade. La guitariste affiche une concentration extrême. La salle retient son souffle.

Le public est suspendu au moindre faits et gestes de la chanteuse et marque un calme respectueux pendant les morceaux. Tenue stricte et sombre, regard noir de tueuse, lèvres rouges éclatantes, talons aiguilles vertigineux, cheveux tirés en chignon : Anna Calvi réconcilie le rock et la tauromachie.

Acclimatation du début de concert, attentes trop élevées ou arrangements un peu légers ? Quoi qu'il en soit, les titres suivants, bien que très beau, ne s'avèrent pas complètement satisfaisants : sur "No More Words", malgré la contribution du batteur au chant, on ne retrouve pas le charme des vocalises à la fin du morceau, alors que "Blackout", si puissante sur disque, se révèle un tantinet décevante. Passées ces légères critiques, difficile de reprocher quoi que ce soit à la jeune anglaise tant la suite du concert s'avère musicalement irréprochable et chargée d'émotions.

"I'll Be Your Man", "First We Kiss", "Surrender" (la courte reprise d'Elvis) - toutes en délicatesse et sensualité mais traversées par des tempêtes soudaines - et plus encore l'immense "Suzanne & I" font vibrer intensément un public totalement acquis à la cause de la chanteuse. Laquelle reçoit, visiblement gênée, une standing ovation après "Desire". L'enthousiasme et l'attente énorme autour de sa tournée semble être encore tout nouveau pour elle.

Sur scène, Anna Calvi se révèle extrêmement expressive, faisant corps avec son chant et sa guitare. Cette fille a du chien et fait preuve de caractère. Il est curieux de noter le contraste saisissant entre la maîtrise qu'elle dégage, le cran dont elle fait preuve durant ses morceaux et la douceur, la timidité de ses prises de parole et remerciements.

Autre moment fort du set, "Love Won't Be Leaving" voit la chanteuse, déconcentrée par un public bienveillant, se détendre un peu et rigoler avant d'entamer le morceau. Cris, solo ravageur, coups de médiator rageurs, chant à gorge déployée (l'anatomie buccale de Melle Calvi n'a plus de secret pour les spectateurs à la sortie de la salle) : frissons garantis et, contrairement à "Blackout" ou "Desire", la version live surpasse celle, déjà excellente, du disque.

C'est un finish haletant que nous réserve Anna Calvi à partir de ce "Love Won't Be Leaving" épique. En rappel, l'envoûtante "The Devil" permet d'admirer le jeu de guitare de l'anglaise, qui multiplie les bend et arpèges vallonnés inspirés de la harpe. Après un "Jezebel" incroyable de puissance, le groupe se retire en coulisses sous les applaudissements appuyés et sincères de la salle.

La chanteuse revient seule interpréter "Joan Of Arc" (reprise de Leonard Cohen) dans une version instrumentale magnifique, d'une grande tendresse et ponctuée de quelques "La la la" au chant. Le concert finit comme il a commencé, dans un silence de cathédrale emprunt d'un profond respect. Dix minutes d'applauses appuyées font espérer un retour de la lady sur scène, mais les roadies coupent court au suspense : c'était tout pour ce soir. Une heure seulement certes, mais d'une intensité telle qu'on ne peut faire la fine bouche.

Ceci dit, une orchestration un peu plus conséquente (ajout d'une basse, davantage de choeurs) aurait sans doute encore mieux retranscrit le souffle épique du disque et la puissance des morceaux. Seulement accompagnée d'un batteur et d'une multi-instrumentiste (percussions, harmonium, guitare, choeurs), la musique d'Anna Calvi a manqué de coffre à quelques moments. Du coup les chansons les plus évidentes du disque ne sont pas forcément les plus palpitantes du show : "Blackout" ou "Desire" par exemple laissent un peu sur notre faim.

D'une irréprochable élégance, totalement investie dans son art, on ne pourra toutefois pas reprocher à Anna Clavi de ne pas chanter avec ses tripes. Sa musique tout en contraste, à mi-chemin entre un rock incandescent et le chant lyrique, son jeu de guitare particulier et sa voix tonitruante font de son univers musical un havre de fraîcheur salutaire et captivant.

Vous pouvez voir le concert en intégralité sur le site internet d'Arte :



Setlist Anna Calvi : 01 Rider To The Sea, 02 No More Words, 03 Blackout, 04 I'll Be Your Man, 05 First We Kiss, 06 Surrender (Elvis Presley Cover), 07 Suzanne & I, 08 Morning Light, 09 Desire, 10 Love Won't Be Leaving / Rappel / 11 The Devil, 12 Jezebel (Edith Piaf Cover) / Rappel 2 /13 Joan Of Arc (Leonard Cohen Cover)



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